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HERBY WIDMAIER : UN TALENT EXTRAORDINAIRE

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Texte de Louis Carl Saint Jean – Né à Port-au-Prince, plus précisément à l’avenue O, le 7 juillet 1933, Herbert « Herby » Widmaier fait partie du gratin de la musique de notre pays. Personnellement, j’éprouve toujours un plaisir immense à explorer presque tous les aspects de cet art libéral avec cet homme courtois, poli et passionné. Toute conversation avec lui prend l’allure d’un exposé magistral. En l’écoutant, je ne peux laisser de côté mes cahiers de notes même pour une seule petite minute.

Comme un véritable griot, il parle avec un calme parfait, une précision remarquable et une abondance fluviale. Sans manifester le moindre signe de fatigue, il vous gardera pendant de longues heures pour parler de musique, de radio et d’électronique. Et moi, curieux au possible, je saisis toujours au bond l’occasion afin de pouvoir mieux cerner l’univers de ce touche-à-tout talentueux, chanteur en premier registre, mais aussi musicien,compositeur, présentateur radio, producteur et ingénieur du son.

En tant que fils de Ricardo Widmaier

Né à Porto Rico de père allemand et de mère espagnole,fondateur en 1935 de l’une des toute premières stations de radio commerciales du pays (HH3W, plus tard 4VRW, Radio Haïti -, dès la tendre enfance, Herby avait la chance rarissime de pouvoir se familiariser avec presque tous les genres musicaux, tant ceux de l’extérieur que ceux de l’intérieur du pays. Il pouvait écouter à sa guise, chez lui, les œuvres de pas mal grands artistes et de grands orchestres de l’époque (Jean Sablon, Glenn Miller, Duke Ellington, Count Basie, et bien d’autres), ce qui ne manquera naturellement pas d’atteindre son jeune âme, sa sensibilité et sa compréhension. Il l’avoue lui-même : « Je suis né dans la radio. Très jeune, j’ai eu la chance de pouvoir écouter des émissions mises sur disques que recevait Radio Haïti, en tant que station affiliée à la Voix de l’Amérique et à la Chaîne de la Paix des Nations Unies…Ces émissions étaient farcies de jazz. C’est ainsi que ce genre m’a influencé depuis mon enfance .»
Il n’y avait pas que le jazz à entourer de si tôt l’univers de cet artiste. A côté de ces grandes stars internationales, les nôtres lui étaient également très familières, encore grâce à Radio Haïti. Car, nous rappelle M. Luc Boisvert : « Dans un petit cagibi attenant le garage – studio, Ricardo reçoit les Dòdòf Legros, les Anilus Cadet, Antoine Radule, tous ces bardes qui eux aussi veulent sortir de l’inconnu… Il met la HH3W […] à leur disposition … » (in «Ricardo Widmaier : Pionnier de la Radiodiffusion en Haïti », Haïti Observateur, 29 septembre – 6 octobre 1978, page 11). C’est ainsi que devenu grand, Herby vouera par exemple une grande admiration à l’auteur de « Manman Dada ». Dira-t-il : « J’ai beaucoup de respect pour Rodolphe Legros … Sans conteste, Dòdòf, compositeur génial, est l’un de mes chanteurs préférés .»

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1Formation d'Herby Widmaier

En dehors de ses connaissances scolaires classiques, Herby Widmaier s’est formé tout seul, à presque tous les points de vue. Il affirme fièrement : « J’ai tout appris sur le tas, à la station de mon père[….], qu’il s’agisse, avant tout, de l’électronique et de la radio, puis de la musique, du cinéma, etc… Je n’ai jamais été à l’école ni en Haïti ni à l’étranger pour apprendre quoi que ce soit. Je n’ai jamais eu de professeur de musique proprement dit. J’ai beaucoup bouquiné dans les librairies, c’est tout. Je suis donc parfaitement autodidacte.»
Tout garçonnet, il commence à faire montre de son plus grand talent pour le chant et la musique instrumentale (notre sujet principal) et l’électronique. Vers l’âge de huit ans, il exhibe sa passion pour la musique à la maison familiale de façon, certes, puérile, mais déjà imposante. Dans cet immeuble qui logeait également son institution primaire dirigée habilement par ses tantes maternelles (Les Faine – Antonine Faine est le nom de jeune fille de sa mère), pour se récréer et pour amuser ses parents, raconte-t-il en riant : « Je prenais plaisir à installer en forme de loge les petites chaises que j’empruntais du salon de poupée de ma petite sœur Gilda. Puis, me faisant maestro, j’écoutais des disques sur un vieux gramophone que m’avait acheté mon père et je me mettais alors à mimer les exécutants des différents orchestres qui jouaient…»
Il commence sa vie en tant que chanteur et musicien (repartie en trois périodes ou phases) au cours de l’année 1948 (il a quinze ans), grâce à l’invitation de Wanda Wiener, alors présentatrice d’une émission dominicale de musique sur HH3W. Il s’accompagnera lui-même au piano et interprètera « Night and Day », l’une des pièces fétiches de Frank Sinatra. Coup d’essai, coup de maître ! Car, « Personne, avoue Herby, n’avait pu remarquer ni deviner que c’est moi qui chantais. Presque tout le monde chez moi comme ailleurs pensait que c’était la voix même de Sinatra ou celle de Bing Crosby…» Ce sera d’ailleurs la première phase de sa carrière musicale, qu’il considère comme sa « période d’imitation ». Admet-il : « C’était la période où je chantais pour le plaisir de chanter, en me mettant à interpréter la composition des autres grands devanciers. Je les imitais même peut-être. A l’époque, j’étais influencé en particulier par Billy Eckstine et la légendaire Sarah Vaughan. »

Vers 1950, Herby commence à fréquenter l’Orchestre Issa El Saieh. Se mettant désormais à assister à presque toutes ses séances (répétitions, bals, enregistrements, etc.), il grandira de façon précoce en compagnie de musiciens de valeur exceptionnelle tels que Guy Durosier, Ernest «Nono » Lamy, Raoul Guillaume, Alphonse « Chico » Simon, etc. En peu de temps, il deviendra l’une des pièces maîtresses de ce groupe, sans en avoir jamais été pourtant un membre attitré. Par exemple, dira-t-il :« Issa faisait appel à moi pour la majorité des sessions d’enregistrements de son orchestre… Il m’avait même invité à participer en 1958 à celles de La Havane … » Aussi inscrira-t-il au répertoire de El Saieh deux de ses plus jolies interprétations : notre « Choucoune » national et « A Woman in Love » de Frank Loesser. Commentant cette dernière pièce, l’économiste suédois Mats Lundahl – également musicien de jazz et critique musical à ses heures perdues – retiendra : « L’interprétation d’Herby Widmaier est de loin la meilleure que j’aie jamais entendue. »

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WallyTheMan Nous avons osé être libres, osons l’être par nous-mêmes et pour nous-mêmes ; imitons l’enfant qui grandit : son propre poids brise la lisière qui lui devient inutile et l’entrave dans sa marche. J'@ime Haïti, je M'investis

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