Les lieux de jeu,les gaguères et les banques de borlette, marquent non seulement les paysages haïtiens des villes et des campagnes de leur visibilité, mais ils contribuent aussi à structurer les relations sociales et économiques du pays.

Les banques (guichets) de borlette jalonnent les rues de la capitale, des villes, des bourgs.Dans ces jeux, la communauté exprime son interprétation de la vie et du monde » (Huizinga, 1938, p. 74). La borlette aurait débuté dans les années 1950 dans le sud du pays, dans la régions des Cayes, via les émigrés haïtiens travaillant à Cuba – au départ, elle se serait appelée la « Loteria Cubana » puis « Bolita » qui signifie « petite boule » en espagnol et, dans les années 1960, elle est devenue la borlette8. Le fait que les résultats de la loterie haïtienne soit actuellement fondés sur des tirages ayant lieu aux États-Unis (voir annexe) est aussi révélateur de ces interdépendances :

les joueurs haïtiens disent être bien plus confiants dans un tirage délocalisé que dans une loterie nationale qui serait fortement suspecte de manipulations frauduleuses.

La connexion avec l’étranger est donc la condition sine qua non à la borlette (de même que le tirage de la loterie de Singapour fait référence en Asie du Sud-Est), et ce depuis les années 1990, en parallèle avec le développement des moyens de communication.

Exemples de correspondances données par le Tchala

Éléments rêvés

Transcription en boule

Coq

11

Dieu

33

Sexe de l’homme

66

Arbre véritable

06 ou 60

La kay (maison)

09 ou 90

Le blanc

03 ou 30

L’étranger/la mer

87 ou 78

La mort

08 ou 80

Le cochon

32 ou 23

Les banques de loterie gagnent désormais peu à peu les moindres recoins du pays.

Elles s’égrènent le long des axes de circulation, sur les carrefours. Chaque banque est en concurrence avec la voisine, il y a là une forme de marchandisation du jeu qui se traduit par une volonté de visibilité : des enseignes vives et colorées, à l’instar de celles qu’arborent les taps-taps (bus), sont destinées à attirer le joueur-chaland ; les résultats des tirages précédents sont affichés sur les banques (voir photo 1). Tous les observateurs interrogés s’accordent sur une prolifération des banques de borlette et signalent leur apparition dans des villages où elles n’existaient pas.

Gaguère et borlette induisent des enjeux financiers considérables dans un pays où l’espérance de vie dépasse à peine 60 ans et dont les structures économiques ont connu de fortes mutations

SOURCEgc.revues
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Nous avons osé être libres, osons l’être par nous-mêmes et pour nous-mêmes ; imitons l’enfant qui grandit : son propre poids brise la lisière qui lui devient inutile et l’entrave dans sa marche. J'@ime Haïti, je M'investis

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