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Poupée sexuelle en silicone

Quelque 2000 poupées de silicone de taille nature sont achetées chaque année dans l’archipel nippon, selon les professionnels du secteur. Dotées d’une tête et d’un vagin amovibles, elles se vendent environ 5300 euros.

Les premières y sont apparues en 1981. La version en silicone, après le vinyle souple et le latex, en 2001. «Ce que l’on nomme avec emphase +l’industrie+ des love dolls n’est qu’une activité artisanale de niche», écrit l’anthropologue Agnès Giard, qui a consacré en 2016 un ouvrage à ce phénomène et son histoire au Japon.

La technologie

«La technologie a fait de grands progrès depuis les horribles poupées gonflables des années 1970», explique Hideo Tsuchiya, directeur d’Orient Industry, un des fabricants japonais. «Elles ont l’air incroyablement vraies maintenant et on a l’impression de toucher de la peau humaine. De plus en plus d’hommes les achètent car ils ont l’impression qu’ils peuvent communiquer avec elles.»

Les Japonais investissent actuellement des millions dans la recherche en robotique et s’intéressent tout particulièrement aux moyens de simuler la conscience. Or ces poupées constituent un véritable laboratoire pour la recherche en vie artificielle. Elles servent de modèles à des prototypes d’androïdes et influencent les recherches de pointe en matière d’anthropomorphisme. Le sujet de ce livre dépasse donc l’anecdotique.

XVIIe siècle

Dès le XVIIe siècle, dans des fictions japonaises citées par Agnès Giard, des hommes commandent à des artisans des poupées à l’image de la bien-aimée dont le destin les a séparés. A force d’amour, ces reproductions finissent par s’animer. Agnès Giard, docteure en anthropologie, spécialiste du Japon et auteure d’Un désir d’humain : les love doll au Japon, aux éditions Belles lettres.

Les gens qui achètent une poupée le font car ils ne veulent pas de femme, ce sont des « otaku »

L’ouvrage proposé par Agnès Giard procède, comme ses précédentes réflexions1, à l’interrogation du désir et de ses manifestations dans le Japon contemporain. De fait, si la production des love doll ou « poupées réalistes pour adultes » n’est nullement cantonnée au Japon, l’étude entend se faire l’écho d’une affirmation récurrente qui ferait de la poupée japonaise le lieu d’une spécificité culturelle inaccessible à des consommateurs occidentaux. La réticence des fabricants à exporter des love doll japonaises se fonderait ainsi sur le caractère réducteur du regard occidental, jugé incapable de percevoir les poupées autrement que comme des instruments de jouissance sexuelle. Cette perspective de « mauvais client » est opposée à l’animisme japonais qui favoriserait au contraire l’investissement de l’artefact par une âme ou un esprit.

C’est précisément cette affirmation japonaise de la conscience propre à la love doll qui justifie l’intérêt porté à un produit dont le coût (2 000 euros en moyenne) prévient largement la massification. La production, souvent artisanale, ne vise qu’un marché intérieur réduit dont la saturation se révèle rapide : en dépit de l’importation des techniques qui ont fait le succès de l’industrie automobile au Japon, telles que la gestion des stocks à flux tendus ou la customisation, le secteur des love doll reste une niche où la domination de l’entreprise pionnière, Orient Industry, créée en 1977, est difficile à contester. Comment dès lors comprendre le statut hybride de la love doll, symbole marginal d’une identité sexuelle et spirituelle conçue à rebours du consumérisme occidental ?

L’étude se présente comme une investigation de terrain, en quête des modes d’animation d’un objet de désir. L’ouvrage invite ainsi le lecteur à accepter un décentrement du regard pour lequel la poupée aux yeux flous pourrait tenir lieu de modèle : à travers l’exemple en apparence anecdotique de la love doll, présentée par ses producteurs comme produit japonais, il s’agit bien de faire la preuve de la porosité contemporaine des frontières entre l’humain et le transhumain.

Succombez à ses courbes, regardez là quand elle se tient debout face à vous et laissez vous surprendre par sa légéreté et sa fléxibilité. (site de dreamdoll.com )

Tout cela à vrai dire n’est pas normal mais bien une réalité dont on ne peut ignorer.  Arrêtons nos pendules un moment, faisons marche arrière tous, Please…


REF :
1 Voir notamment Agnès Giard, L’Imaginaire érotique au Japon, Paris, Albin Michel, 2006

Source
Journaldemontrealjournals.openedition.orgfranceculture.fr
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Planete Haiti

Un joueur, un enfant d'haiti, qui veut apporter une touche et une vison différente d'haiti

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